Ordonnance médicale

Par Cathie Ouellet DMD

Étudiante MD-MSc

Selon la commission de la santé mentale du Canada (2012), 1 Canadien sur 5 sera aux prises avec un problème de santé mentale au cours de sa vie2. Il n’est donc pas étonnant que la santé mentale chez les Québécois soit devenue un sujet de préoccupation en santé publique1, 2, 3, 4, 5 étant donné ses répercussions biopsychosociales

La médication est une avenue bien connue dans le continuum de traitement des troubles de santé mentale mais il est de plus en plus reconnu par la communauté scientifique que l’exercice physique a un impact psychologique positif. Bienfaits remarqués dans différentes sphères de la santé mentale notamment la dépression, l’anxiété, le stress, l’humeur, l’estime de soi, le sentiment d’efficacité, les performances cognitives entre autres6, 7, 8.

États des connaissances :

Activité physique ponctuelle et santé mentale

deVries (1968)12 a démontré par ses travaux de recherches qu’il existait après une seule séance d’activité physique certains effets relaxants. Plusieurs publications subséquentes ont été dans le même sens13, 14, 15, 16. Elles confirment un lien étroit entre les bienfaits psychologiques et l’exercice physique et ce même pratiqué de façon ponctuelle. La natation17, une classe de yoga18, de la course à pied ou de la musculation en salle19 suggèrent des effets qui peuvent se comparer à des techniques de relaxation, à la prise de médication anxiolytique selon différentes études. O’Connor, Raglin et Martisen14 ont recensé que 20 minutes d’activité physique (natation, vélo, course à pied) contribuent à réduire l’anxiété. La marche rapide à intensité moyenne de 25 à 75 minutes aurait des effets bénéfiques sur l’auto-efficacité, l’humeur, l’anxiété, la dépression20, 21, 22. Sans parler de l’influence positive de l’activité physique sur les performances cognitives notamment la mémoire à long terme24 et la capacité à résoudre des problèmes et la planification23. Everly (2002)26 a également mesuré la détente musculaire et psychologique après une activité physique démontrant ainsi un effet apaisant bénéfique sur l’humeur qui pourrait durer entre 2 et 7 heures après la séance. 6 méta-analyses pour un total de 159 études27 arrivent donc à la conclusion suivante : « Une activité physique à intensité modérée (entre 50% et 70% de la capacité maximale de la personne) pendant un minimum de 20 minutes soit l’équivalent d’une marche rapide et d’un léger essoufflement produit un effet psychologique positif qui peut durer entre deux et sept heures »28

Pratique régulière de l’activité physique et santé mentale

Les bienfaits d’une seule séance d’activité physique ayant été établi, la science s’est aussi penchée sur l’amélioration de la santé psychologique par la pratique régulière de l’activité physique7. Folkins et Sime29 ont répertorié une cinquantaine d’études portant sur l’amélioration de l’estime de soi et du sentiment de compétence, l’humeur, l’anxiété, le bien-être, la concentration, la résolution de problèmes, les performances cognitives comme la mémoire et le temps de réaction. Les méta-analyses se sont multipliées confirmant la relation positive qui existe entre la pratique régulière de l’activité physique et l’amélioration de la santé mentale des sujets30, 31, 8, 32. Byrne et Byrne30 ont constaté que 90% des 30 études répertoriées sur la dépression, l’anxiété et l’humeur mettaient en évidence un lien positif entre les bienfaits psychologiques et la pratique régulière de l’activité physique. Mammen et Faulner8 ont également recensé un lien positif entre l’amélioration des conditions dépressives avec l’activité physique ancrée de façon régulière dans les habitudes de vie. Paffenberger, Lee et Leung33 ont démontré que les risques de dépression sont réduits de 30% chez les individus ayant une dépense énergétique d’environ 4h par semaine à intensité modérée comparé à ceux pratiquant peu d’activité. Cette étude longitudinale porte sur 10 200 individus. Selon différentes études, la pratique régulière de l’activité physique démontre des bienfaits tant au niveau de l’image de soi34, de l’estime de soi35, de la régulation émotionnelle36 que de la dépression37. La méta-analyse de Long38 s’est penchée sur le stress et l’anxiété. Les 40 études incluses ont démontré que les personnes actives gèrent plus efficacement le stress quotidien, sont plus positives et optimistes que celles moins actives, leur anxiété étant aussi diminuée. McAuley, Marquez, Jerome et coll.39 vont dans le même sens, les individus ayant amélioré leurs conditions physiques sur une périodes de 6 mois ont vu également un effet bénéfique sur leur anxiété. Brown, Gilson, Burton et Brown43 ont recenser une vingtaine d’études mettant en perspective le stress en milieu de travail en relation avec l’activité physique. Ils ont démontré que les personnes pratiquant de l’activité physique de façon régulière étaient plus productives, moins anxieuses, moins absentes du travail et également moins à risque d’épuisement professionnel. Toker et Biron (2002)37 vont dans le même sens avec leur échantillon de 1632 employés dont les scores de dépression et d’épuisement étaient plus faibles chez le groupe étant régulièrement actif.

Conclusion

Malgré certaines études qui démontrent des limites méthodologiques44, 45 ne permettant pas de tirer des conclusions positives sur le sujet et que la science ne répond pas encore à toutes les questions concernant les bienfaits de l’activité physique sur la santé mentale (notamment comment elle procure de tels effets-ceci fera l’objet d’un prochain billet) on peut quand même « conclure que l’activité physique procure des bienfaits psychologiques, tant par ses effets immédiats et temporaires suivant une séance, que par ses effets plus durables provenant de la pratique régulière. »28

Ordonnance médicale

Il existe maintenant des preuves scientifiques qui soutiennent les bienfaits de l’activité physique dans l’amélioration de la santé mentale que ce soit par une simple séance ponctuelle ou une pratique régulière sportive. La recherche et la science vont poursuivre ces travaux afin d’avoir plus de réponses aux nombreuses questions suscitées par les études passées. Mais il plaît à l’esprit de se demander si l’activité physique deviendra le moyen naturel miracle pour soulager les patients avec une santé mentale non optimale. J’ose croire qu’elle sera recommandée sur l’ordonnance médicale dans le continuum de soin de ces personnes pour leur plus grand bien.

Bibliographie

 

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